RÉCITAL SOLO – « J’ai deux amours »

Félicien est porteur d’une volonté farouche : faire de l’accordéon un acteur essentiel de projets originaux en musique de chambre et avec orchestre. Mais à l’automne 2022, il renoue en parallèle avec une forme peut-être plus classique : celle du récital solo. Il imagine « J’ai deux amours », un programme dans la continuité de son nouvel album titré du même nom, enregistré aux côtés de l’Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine et du jeune chef Pierre Dumoussaud, un album qui paraîtra en novembre 2022 chez Warner Classics / Erato.  


« J’ai deux amours »


L’accordéon et Paris…

Difficile de dire pourquoi j’aime l’accordéon, impossible de dater avec précision la naissance de cette passion. Elle conditionne pourtant à présent mes jours, souvent mes nuits, nombre de mes voyages mais aussi de mes angoisses, mes joies, mes rencontres.

L’accordéon a finalement toujours été là, près de moi, tantôt dans une de ces chansons résonnant dans l’autoradio de la voiture familiale, tantôt sur la scène d’une salle des fêtes de village Auvergnat, faisant virevolter les danseurs au son d’une java ou d’une valse musette. Très tôt j’ai voulu en jouer, si tôt que je ne sais pas exactement pourquoi…

Égrenant mes premières notes sur cet instrument, j’ai vite perçu le lien indéfectible qu’il entretient avec cette ville dont il est un symbole à travers le monde : Paris.

Ville lumière, ville cosmopolite, ville de la fête, Paris était d’abord pour moi, un enfant vivant dans les montagnes du Massif du Sancy, une ville lointaine. C’est dans mon imaginaire que Paris s’est dessinée en premier lieu, au grès des chansons, aux rythmes des danses populaires.

Puis ce fut la rencontre réelle… J’avais six ans et je suis tombé amoureux de Paris dès cette première visite. J’étais loin de penser alors qu’un jour je vivrai ici, dans cette cité du monde au tempo effréné, au cœur de cette page d’histoire à ciel ouvert, dans ce berceau de l’accordéon musette qui régnera en maître sur la musique populaire française durant des décennies.

Deux amours donc. Deux amours anciens et ancrés. Deux amours complémentaires, indissociables, passionnels.

La musique populaire et la musique classique…

Les standards de la chanson française et les tubes du musette ont bercé mon enfance et si j’ai choisi l’accordéon au départ, c’est d’abord pour jouer de la musique populaire.

C’est seulement adolescent que j’ai découvert un tout autre univers : celui des symphonies, des sonates et des concertos, celui de la musique dite classique ou savante.

Mais impossible de faire un choix, impensable de renier l’un pour adopter l’autre. Je reste persuadé que la musique, qu’elle soit savante ou populaire, peut toucher, émouvoir, faire sourire, raviver un souvenir enfoui… J’ai donc décidé de mêler ces deux amours dans ce programme, Rossini côtoyant Scotto, Chopin s’encanaillant auprès d’Azzola, Carl Maria von Weber et Isaac Albéniz croisant André Astier, Joss Baselli ou Joë Rossi.

Le répertoire de Paris, le pari de la musique d’aujourd’hui…

Être accordéoniste, c’est parfois nourrir une certaine frustration, celle d’un manque de répertoire… Et pourtant le répertoire français de l’accordéon compte quelques pièces magnifiques dont celles signées par ceux qu’on surnommait les quatre mousquetaires de l’accordéon : Astier, Azzola, Baselli et Rossi.

Mais concernant le répertoire « classique », il a fallu que les accordéonistes se montrent inventifs et d’abord en matière de transcription. Venir emprunter quelques œuvres merveilleuses à d’autres instrumentistes est toujours passionnant… C’est le cas ici avec la musique de compositeurs étrangers qui ont tous vécus à Paris : Chopin, Rossini, Weber, Albéniz.

Enfin, au-delà de la transcription, il y a l’aventure de la création, la richesse que représente la musique d’aujourd’hui ! C’est le compositeur français Franck Angelis qui en est ici le représentant avec sa suite Impasse, une composition majeure du répertoire.